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Le monde du codage doit-il exclusivement être réservé aux hommes ? Pour tenter d’y répondre, nous avons rencontré Zahira Saadi, 24 ans. Elle est développeuse web chez MonarkIt, agence digitale basée à Marrakech, et aime beaucoup son travail. Portrait.
« Futures codeuses, laissez votre travail parler ! »
Une femme peut-elle être codeuse ? À cette question, Zahira Saadi, 24 ans, répond « oui », sans hésitation. Ni porte-parole d’une cause ni intimidée par un univers professionnel jusque-là très masculin, la jeune Marrakchia assume, voilà tout.
Génération web
Si au départ elle se destinait à la décoration d’intérieur, le code et le web ne sont pas un choix par défaut. « L’informatique m’intéressait depuis longtemps, j’ai toujours été curieuse de comprendre comment un site est construit et selon quelle logique. J’ai choisi ce domaine pour répondre à toutes ces questions », explique simplement la développeuse.
Elle dit aussi avoir été soutenue par ses amies qui l’ont encouragée « à faire ce que je préfère le plus et à avoir confiance en moi ».
Au-delà de son genre, Zahira se sent surtout appartenir à une communauté. Question de génération ! La sienne a grandi avec le numérique et le web. Pour la jeune femme, « les nouvelles technologies sont passionnantes » et elle se souvient parfaitement du premier code qu’elle a dû rédiger : « C’était il y a presque sept ans, j’essayais d’écrire le fameux « Hello World » en langage de programmation C. J’étais fière d’exécuter cette simple ligne de code. J’ai eu le sentiment de voir mes idées se transformer en réalité ».
Développeuse, ça existe ?
Lorsqu’elle entre à l’Institut spécialisé de technologie appliquée de Marrakech (Ista), en 2015, les filles qui étudient le développement web ne sont pas nombreuses, « seulement 7sur une classe de 30 », se rappelle-t-elle.
Ce qu’elle se remémore également, ce sont les remarques et le manque de crédibilité face à certains enseignants. « L’un d’entre eux sous-estimait les capacités des femmes dans le domaine informatique. L’une de mes amies et moi avons donc décidé de préparer un débat sur le thème des développeuses web. « Existent-elles ? », nous a alors demandé le professeur. Nous n’avons pas eu le temps de conduire le débat, mais nous voulions lui prouver qu’une femme peut coder, ou exercer tout métier qu’elle souhaite, et qu’il n’y a rien d’étonnant à cela. »
Une vision plus égalitaire chez les jeunes
Quand elle candidate avec succès à MonarkIt, en 2018, la jeune diplômée a déjà passé une entrevue pour un autre poste. Sa féminité ne soulève aucun scepticisme. « Les deux entretiens se sont passés sans aucun problème », se réjouit-elle.
Elle constate aussi que ses collègues développeurs hommes du même âge « ont une vision plus égalitaire. Ils ne m’ont jamais fait de remarques [sexistes] ».
Selon la développeuse web, « la différence se voit en capacité des gens derrière le code écrit. Chacun a sa manière de comprendre les choses. On ne peut pas trouver deux personnes qui réfléchissent à l’identique ». Oui, il a une différence entre deux codes… mais elle n’est pas seulement liée à la différence du sexe.
Foncer et… foncer !
Serait-il temps de dépasser ce débat ? Pour Zahira, c’est, là encore, définitivement « oui ».
« J’aimerais dire aux filles qui sont passionnées par les nouvelles technologies de faire le premier pas et de foncer dans ce monde mystérieux, même s’il y a perpétuellement des nouveautés et des mises à jour. Si elles aiment l’informatique, elles peuvent atteindre leurs rêves ! J’aimerais aussi dire à ces futures développeuses de ne pas se décourager si un jour quelqu’un remettait en question leurs capacités. Elles doivent seulement faire de leur mieux et laisser leur travail parler de lui même. »
Quelques chiffres
(Source Direction de la statistique)
- En 2016-2017, sur 78 1505 étudiants à l’université publique marocaine, 37 6713 sont des femmes. Ces dernières sont près de 13 000 dans les instituts supérieurs sur un total de 21 916.
- L’enseignement supérieur pour la branche technologie représente 11 984 étudiants dont 6 106 filles, soit environ 51 % de l’effectif. En cycle normal, le nombre de lauréate est en revanche légèrement inférieur à la moitié.
- Dans la filière technologie, le nombre d’enseignantes permanentes s’élève à 150 sur 617 postes, soit quelque 24 % contre 35 % en sciences de l’éducation ou encore 64 % en médecine dentaire.


